• KOMAR&MELAMID. SUPER OBJECTS – SUPER COMFORT FOR SUPER PEOPLE

    Du 3 au 22 novembre 2017

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    Du 3 au 22 novembre 2017

Du 3 au 22 novembre 2017

KOMAR&MELAMID. SUPER OBJECTS – SUPER COMFORT FOR SUPER PEOPLE

À l’occasion du festival Photo Saint-Germain 2017, la Galerie Alain Le Gaillard et la Galerie Le Minotaure – à travers le projet Super Objects – Super Comfort for Super People du duo d’artistes dissidents russes Komar & Melamid – proposent un focus sur le retour d’un moment mémorable dans l’histoire de l’art contemporain russe lorsque, au début des années 1970, quelques artistes courageux commencèrent à se rebeller contre l’esthétique imposée par le réalisme socialiste. Leur travail, exposé dans le secret des clubs et des appartements privés, méprisait les directives des autorités soviétiques et se tournait ostensiblement vers l’art conceptuel et critique.

Vitaly Komar et Alexander Melamid travaillèrent ensemble entre 1972 et 2003. Comme beaucoup d’autres artistes de leur génération, avant de devenir des dissidents, ils furent formés dans la tradition du réalisme socialiste. La réalité de la société russe les désenchanta si rapidement qu’elle les conduisit à réévaluer l’engagement artistique à rendre au service de l’État.
Aujourd’hui on les compte parmi les premiers artistes expérimentaux soviétiques à avoir gagné une reconnaissance internationale.

Au début des années 1970 ils sont à l’origine du Sots Art, un pendant soviétique du Pop Art, qui se donna pour objectif de démanteler le système de référents de la culture totalitaire, les sujets et les motifs de la propagande ainsi que sa rhétorique à travers leur emploi incorrect, ludique et hors contexte. Ils ont découvert dans le réalisme socialiste et dans les médias soviétiques, non seulement le potentiel d’un art kitsch, mais surtout un champ riche de stéréotypes et de mythes qu’ils pouvaient alors transformer, ou plutôt détourner dans un geste purement situationniste (référons-nous au Mode d’emploi du détournement rédigé par Guy Debord et Gil J. Wolman, en 1956), en un langage nouveau, contemporain, capable de déconstruire le discours officiel. Ainsi, ils ont rendu possible le mariage de deux univers culturels jusqu’alors radicalement opposés, à savoir le modernisme dissident (propre à l’art non-officiel, d’opposition, aspirant au rapprochement avec le monde occidental) et le réalisme socialiste (porte-parole de l’esthétique et de l’idéologie officielles).

La pierre angulaire du Sots Art fut posée en 1974, au moment de l’Exposition Bulldozer, lors de laquelle, à côté de Komar & Melamid, émergèrent d’un long isolement d’autres artistes « non-conformistes » tels que Lydia Masterkova, Vladimir Nemoukhine, Evgueny Rukhin ou Oscar Rabine. Cette manifestation, organisée en plein-air, en dehors de Moscou, fut radicalement étouffée par la milice qui attaqua les artistes et leurs œuvres avec… des bulldozers ! Dans la seconde moitié des années 1970, le Sots Art franchit les frontières de l’URSS. Beaucoup d’artistes – y compris Komar & Melamid qui, suite à l’Exposition Bulldozer, furent expulsés de l’Union des artistes pour leur « distorsion de la réalité soviétique et leur déviation des principes du réalisme soviétique » –  se retrouvent à New York où ils organisent des expositions, commencent alors à se réapproprier les symboles et à les combiner avec les stéréotypes de la culture de masse occidentale et l’idéologie soviétique.

En 1977, invités pour la première fois aux États-Unis (où ils s’installeront en 1978) par la Ronald Feldman Gallery de New York, Komar & Melamid proposèrent d’exposer Super Objects – Super Comfort for Super People – un ensemble de 36 photographies couleur, accompagnées de textes en anglais décrivant des produits fantaisistes et des appareils de consommation soviétiques, équivalents – ou plutôt pastiches – des produits de luxe en usage chez les élites occidentales, tellement enviés derrière le rideau. Divisés en neuf catégories (Prestigeants, Sensationizers, Clotheables, Cultivatents, Defendibles, Auto-Probes, Energy-Loss AbatersFurniture to Wear et Floorists) suggérant différentes voies d’auto-amélioration, ces photographies deviennent une parodie des magazines américains que les « Occidentaux » envoyaient souvent à leurs amis du « bloc de l’Est ». Ce qui frappe dans la confrontation des textes avec les photographies est ce décalage entre descriptifs enthousiastes (faisant rêver n’importe-quel citoyen habitué à la pénurie omniprésente en URSS ou d’autres « pays satellites ») et les images correspondant où l’on voit clairement la piètre qualité des matériaux utilisés : isolateurs électriques, fils, fleurs en plastique, etc. Ainsi Olo (appartenant à la catégorie Prestigeant) – bague ornée d’une énorme perle (très probablement en plastique) se portant sur la langue – devient une pièce de joaillerie luxueuse assurant à son heureux propriétaire « la preuve de [son] mariage idéal avec la vérité ».

Dans le texte d’introduction à l’exposition à la Ronald Feldman Gallery, Komar & Melamid annonçaient : « La tâche actuelle est de créer une NOUVELLE ARISTOCRACIE, à la place de l’ancienne, [qui] doit concevoir une nouvelle langue, tradition et culture qui sera incompréhensible et étrangère aux masses. Voici les Objets qui correspondent aux principes du design idéologique ; Objets investis dans les fonctions néo-traditionalistes ; Objets de SUPERCOMFORT destinés à la nouvelle Élite des décidant, appelée à diviser la société en ceux qui utilisent ces Objets et tout le reste ».

Il n’est peut-être pas anodin d’ajouter que dans les années 1920, les artistes de la première avant-garde constructiviste tels que Vladimir Tatlin, Alexandre Rodchenko et Varvara Stepanova – accompagnés de théoriciens comme Boris Arvatov et Osip Brik – s’engagèrent dans un projet similaire, travaillant sur la création des objets de la modernité socialiste, participant activement à la vie sociale, substituant le sentiment de plaisir et le confort liés la propriété et à l’usage de produits luxueux issus de la société de consommation, capables de reconnaître les désirs de son utilisateur…

Le projet Super Objects – Super Comfort for Super People se voit donc un commentaire satirique, à la fois de la société de consommation et de la culture de masse occidentales, aussi bien que de la réalité culturelle et économique russe de cette époque.

L’ensemble des photographies, accompagnées de leur descriptif, sera exposé à la Galerie Alain Le Gaillard & à la Galerie Le Minotaure le temps du 6ème festival Photo Saint-Germain, entre le 3 et le 19 novembre 2017.

ARTISTE (S) EXPOSÉ (S)