• JACQUES HEROLD

    Du 25 janvier au 3 mars 2018

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Du 25 janvier au 3 mars 2018

JACQUES HEROLD

C’est aux poètes que l’on doit, écrivait André Breton, « cette fièvre de conquête, mais de totale conquête, qui ne nous quittera plus jamais » à savoir la faculté de nos yeux de refléter « ce qui, n’étant pas, est pourtant aussi intense que ce qui est ». En effet, Jacques Hérold est de ceux, peintres et poètes, qui ont la capacité de voir au delà du visible, de saisir et de rendre ce qu’il y a de « plus vivant et de plus caché dans les êtres ». Il aborde la peinture comme une écriture-lecture. Lit la nature, les êtres, les objets et nous révèle dans son écriture par images leur vie secrète, leurs métamorphoses, les sens cachés.
Au fil des années Hérold a inventé et mis au point un répertoire de formes, modalités, actions de peinture d’une originalité absolue que personne avant lui n’avait employé : points feu, éclats de glace, « nouvelle science des angles » (André Breton), touche carrées ou rectangulaires combinées dans une trame serrée (Sarane Alexandrian), « peinture en facettes » (Michel Butor), flammes et pétales savamment modelées et distribuées dans ses compositions. Il utilise ces moyens picturaux selon une syntaxe personnelle de la façon que les poètes en font avec le langage, afin de rendre les mouvements secrets de la pensée, capter le flux imprévisible des associations d’idées, saisir les analogies les plus éloignées capables de rendre compte de l’unité du monde.
Après avoir peint « l’intimité de la matière » dans ses écorchés qui vont « jusqu’à arracher la peau du ciel », après avoir donné la vision du temps matérialisé dans le cristal, s’ouvre dans l’œuvre du peintre une période d’une créativité exceptionnelle, placée sous le signe de la DÉRADE : mot inventé par Rimbaud pour signifier « sorti de rade », synonyme de libération, d’affranchissement de toute contrainte, d’éclosion et de déploiement. Le tableau Dérade, 1960, est un mouvement ascensionnel dans un tourbillon de touches prismatiques plumes et pétales blanches. Le mouvement de ce tableau rappelle Le Ravissement de Saint Paul peint par Le Dominiquin et d’après lui par Poussin. Le rapt du saint par la foi trouve son équivalent aussi fort, aussi exemplaire, dans la transe poétique de l’artiste visionnaire. Même mouvement dans Le mot de passe, 1960, L’ L’Éclamé, 1963.
Un flottement sans axe, sans direction, léger comme une pensée, comme un souvenir ou comme un rêve éveillé passe dans des toiles telle : A tous vents, 1963, ou Une Femme Passe, 1971. Il n’y a pas de contour, pas de forme précise, rien qu’un tourbillon de pétales et de flammes. Dans un tableau comme dans l’autre se trouve, bien en évidence, un carré à facettes de cristal qui est l’aimant du tourbillon où le giron d’où il s’échappe. C’est la Pierre philosophale. De la même famille, La Fête et la profondeur du noir, 1964, où la Pierre philosophale se trouve carrément au milieu, désignée ainsi comme centre d’irradiation.
Le Sorcier noir, 1960, est un tableau blanc suggérant un mouvement rituel et la pierre philosophale, cette fois-ci en forme de losange, est un attribut du personnage. Dans ce tableau, la couleur blanche a une valeur morale et plastique à la fois, s’agissant de l’aptitude du Sorcier-Poète-Peintre d’informer l’invisible. Le noir et le blanc comme le bien et le mal sont réversibles, l’artiste, en « guetteur du merveilleux » (Patrick Waldberg), distille la rosée du soleil des noires profondeurs – Droséra I, 1961.
Dans ses tableaux, dessins et sculptures, Jacques Hérold procède à une mise à nu de la transparence. Prend des instantanées du fond de l’air et capte le mouvement en plein déroulement et le donne à voir. Le mouvement figé sur la toile garde comme le cristal toutes ses potentialités.
Comme ses poètes et écrivains préférés, Hérold cherche non seulement à révolutionner le langage, mais tend aussi à une forme d’absolu capable de délier le vivant de la fatalité de l’éphémère. Capter l’éphémère c’est lui donner droit à une forme d’éternité.
Comme eux il cherche pour titres de ses tableaux des mots rares enfouis dans les dictionnaires, incité par leur charge poétique insolite, proche du miraculeux : L’Éclamé (« Terme rare d’oiselier. Oiseau qui a la patte ou l’aile cassée. Serin éclamé » – Littré) ; Droséra (ros solis en latin, la rosée du soleil, ou droseros dans le grec ancien, couvert de rosée) ; Autogène (« existant par soi-même », Larousse), qui est aussi une métaphore de l’artiste qui se crée et recrée dans chaque œuvre. Parfois il invente lui-même des mots comme le mystérieux Je t’raime, composé à la manière du bégaiement de Gherasim Luca et qui n’est pas sans rappeler Spectr’Acteur de Stanislas Rodanski, ou encore Femmoiselle, femme-oiselle (« Oiseau femelle » et « Familier. Jeune fille naïve, niaise », Larousse), qui pourrait être également une interprétation personnelle du « mythe » surréaliste de la femme-enfant. Dérade, employé comme titre de plusieurs tableaux que Jacques Hérold va trouver, en fin connaisseur, dans le long poème de Rimbaud, Le bateau ivre (quatrain 15) :
Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instant.
Il est intéressant de constater que tout le lexique désignant couleurs et réalités visuelles dans le poème de Rimbaud se retrouve dans la peinture de Hérold : « lactescent », « azurs verts », « flottaison blême », « bleuités », « rousseurs amères » (de l’amour), « figements violets », « neiges éblouis », « soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braise », « noir parfum », « brumes violettes », « ciel rougeoyant », « archipels sidéraux ».
Dans une partie de son œuvre, Jacques Hérold est Arthur Rimbaud peintre.

Petre Raileanu

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